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Portrait : Marguetite Reuss épouse Cadier

                                                                                                             MARGUERITE                                                                                                                                                              par sa fille Paulette Chapal

La petite Marguerite, “Poutch” (poussin), fut la huitième enfant des Alfred Cadier. Elle est née après la mort du septième, Ernest, et avait cinq ans de moins que Charles. Elle fut élevée comme un petit bijou délicat, choyée, protégée et un peu fragile … aussi, défense à ses frères de la bousculer ! Combien de fois les vieilles bonnes d’Izarda m’ont répété, quand j’avais galopé avec frères et cousins: “Tu ne ressembles pas à ta mère I Sa robe blanche restait blanche toute la semaine!”

Ses parents ne l’envoyèrent jamais à l’école : les garçons du pays étaient souvent trop brusques ou vulgaires! C’est sa soeur aînée, Mary qui lui a appris à lire, écrire et compter. Puis le directeur du cours complémentaire de Bedous lui donna pendant trois ans des leçons particulières et l’amena jusqu’au brevet simple en 1903. Peu de temps auparavant, allant faire des courses à Oloron avec son père en diligence, Marguerite passa un mauvais moment. En attendant ses clients à Oloron, le cocher avait tout le temps de boire un coup de trop au café. En remontant la vallée d’Aspe, il dirigea mal ses chevaux et au tournant du pont d’Escot la diligence accrocha une borne et sous le choc se renversa complètement. Coincée sous la diligence. Marguerite eut un long évanouissement. Les hommes détachèrent d’abord les chevaux et pendant ce temps-là , Monsieur le curé présentait ses condoléances à Monsieur le pasteur : “Une si jolie petite, quelle perte pour vous, Monsieur le pasteur…” Revenue à elle, elle criait bien fort :”Je ne suis pas morte!” mais personne ne l’entendait.

Pendant trois étés : 1901,1903 et 1906 son grand frère Edouard vint à Osse pendant les vacances avec son ami Paul Reuss – avec qui il préparait le concours d’entrée à l’Ecole d’Electricité de Lille qu’ils intégrèrent tous les deux. Paul ne pouvait pas retourner en Alsace, devenue allemande depuis 1870, sous peine d’être mobilisé. Chaque été, il admirait plus encore cette douce et si jolie jeune fille. Lorsqu’en 1908, après un séjour en Ecosse chez sa Tante Mimmie, elle s’arrêta à Paris chez Edouard, Paul la demanda en mariage. Elle avait juste vingt ans. Ayant joué sans enthousiasme et plusieurs fois le rôle de chaperon auprès des fiancées de ses frères, elle décida de se marier le plus tôt possible, sans ennuyer personne. Ce fut le 5 août 1908 à Osse.

Ils eurent six années heureuses jusqu’à la déclaration de guerre de 1914. Paul fut mobilisé comme simple soldat et mourut le 26 septembre pendant la retraite de la Marne. Marguerite avait 26 ans. “Ma vie s’est finie à cet âge” m’a-t-elle dit le jour où une de mes cousines se mariait à 26 ans.

Voilà qu’un an plus tard, ce sont ses deux beaux-frères qui furent tués au combat à Suippes. Logeant à Versailles, pas loin de ses beaux-parents, voici ce qu’écrit Marguerite : “C’est curieux, il me semble à présent que la douleur de la mort de Paul se fond à cette dernière immense douleur. Depuis ce terrible deuil, je sens que c’est moi qui suis la plus forte, la plus solide… je sors pour eux faire des courses et des visites et reçois les condoléances avec l’air grave qui convient. Je leur laisse Georges (son fils ainé) et grand-mère me dit :”ll est notre seule consolation”.

Mais passée cette affreuse guerre, il y avait les garnements : Georges, Paulette et Jean-Paul à élever. Pas toujours sages, ils se disputaient parfois. Alors Marguerite élevait la voix “Vous n’avez pas fini ? Vous voulez être privés de dessert ou recevoir une gifle ?” –  “Une gifle” choisissions-nous car …c’était une caresse !

Toute la famille a entouré Marguerite : les quatre grands-parents, les cinq frères et leur famille, les John Bost. Tous étaient prêts à conseiller, à inviter chez eux ou à nous emmener un peu en vacances. Elle a habité plusieurs années auprès des Edouard à Orléans. Les étés à Osse étaient de grandes retrouvailles. Nous sentions que nous faisions partie d’une grande famille. Nous avions cinq pères et beaucoup de frères et soeurs… jusqu’à la dernière petite soeur : Idelette.

Après le mariage de ses enfants, Marguerite vécut tantôt chez l’un, tantôt chez l’autre, toujours douce et souriante, bien accueillie partout et très aimée de tous ses petits-enfants.

Et puis il lui fallut supporter pendant vingt ans cette maladie de Parkinson (la chute de la diligence l’a-t-elle provoquée ?) la diminuant physiquement petit à petit, mais elle ne se plaignit jamais sauf pour regretter de donner de la peine.

Elle s’éteignit dans son sommeil à Tornac en 1965, juste après son frère Henri alors que tous les deux espéraient encore se revoir.

Paulette, décembre 1991

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Portrait : Charles et Lucie Cadier

Charles et Lucie Cadier

par leur fille aînée, Marianne Méjean

 

 

Juin 1992

 

 

Ancêtres et familles

Charles est né à Osse en 1882. Lycée à Tournon, études pastorales à Montauban et à Genève. “Pouquet” (le petit) a remarqué dès sa jeunesse la situation exceptionnelle de Margalot (*) et s’est promis de l’acheter…

 

Lucie Aeschimann est née en 1888 à Lyon où elle vivra jusqu’à son mariage: elle passe son brevet supérieur, fait exceptionnel pour une fille à cette époque. Charles est un enfant de la campagne, Lucie de la ville. Tous les deux sont d’une famille nombreuse (8 de chaque côté) et sont enfants et petits-enfants de pasteurs. Il faut compter 15 pasteurs ou missionnaires dans leur ascendance et collatéralité – 3 grands-pères, 2 pères, 3 oncles, 2 frères ou beaux-frères !

 

Dans la famille Alfred Cadier ils seront le plus jeune couple et celui qui, avec ses huit enfants, vivra le plus longtemps à Osse. C’est Charles qui va s’occuper en partie des grands-parents d’Osse jusqu’à leur mort à Izarda.

 

L’aura de leurs parents dans le village est, et restera, telle qu’il n’y a qu’une Madame Cadier: ses belles-filles étant Mme Georges, Mme Henri, Mme Albert, Mme Edouard et Mme Charles. En traversant le village en 1989, j’ai été toute étonnée de m’entendre interpellée: “Oh, Madame Charles !”

 

Charles et Lucie auront trois fils pasteurs, une fille missionnaire, Magui, morte au Togo en 1945, et huit neveux pasteurs !

 

Le Gabon

Pour Charles: 1909 -1926, pour Lucie : 1913 – 1926 .

 

Ils sont partis dans la joie de servir leur Maître parmi les plus deshérités du monde. Charles et Lucie aiment beaucoup leur vie à Samkisa, sur les bords de l’Ogooué mais les épreuves ne manquent pas:

1914 -1918 : l’affreuse coupure totale avec la France en guerre: courrier mettant quatre à six mois pour faire l’aller et retour. Ils apprendront ainsi la mort de trois frères, drame pour les parents, deux

veuves et trois orphelins.

1923: le ministère continue mais il faut laisser en France les trois aînés pour trois ans. Déchirement pour

 

la maman malgré la présence de trois petits puis d’un bébé. Quant aux enfants laissés en France: Pierre – 6 ans – s’en tirera très bien, ayant trouvé un deuxième foyer chez Oncle Henri et Tante Nelly. Pour Magui et moi ce fut moins facile, parfois très difficile: douleur aussi de ne pas connaître Yano avant qu’elle n’ait deux ans.

 

Retour en France -1926

Pouquet avait pu en 1922 acheter Margalot (*)! (grâce à l’aide de son père et de son frère Edouard). Il fit venir du Gabon le “bois rouge” (Okoumé) qui leur servit préalablement de caisses de déménagement – des marques restent encore visibles sous la galerie, “Bordeaux”, “Cadier” – et confia l’aménagement intérieur de la maison en grande partie à Raymond Puenté-Castan afin qu’elle devienne habitable à leur retour d’Afrique. A partir de 1926 les quatre garçons aidèrent au bon fonctionnement du jardin et de son irrigation.

Idelette naît en 1927. Malgré son grand désir, Charles ne peut repartir au Gabon. La vie va commencer à Oloron.

 

Pasteur à Oloron -1928-1949

 

Vie bien remplie pour Charles et Lucie avec le travail à la Fraternité (cf. biographie d’Albert Cadier) plus huit enfants. Ils ont été aidés dans leur ménage par Oncle Henri et Tante Nelly, Tante Guite, les Edouard et par les amis de toujours , Albert Léo, Jacques Delpech et Tati Anthérieu. II faut de l’autorité, de l’ordre, de la discipline, beaucoup de travail et beaucoup d’amour car les soucis ne manquent pas. En premier lieu, soucis financiers: pas d’allocations familiales, pas de machine à laver… Pour nourrir, habiller, chausser, instruire cette couvée, les journées sont longues pour Lucie, de 6 h à 24 h sans jamais un jour de vacances. Beaucoup de temps aussi pour aider le pasteur dans son ministère, dans les contacts avec les familles, les jeunes, tous très modestes (les enfants ont cru parfois que la famille passait après la vocation…)

 

Pour Charles, il y a son ministère à Oloron et à Osse et puis le jardin qui permettra de nourrir dix personnes et plus… Ils fournissent de tout ces deux jardins d’Osse et d’Oloron : légumes, fruits, lapins…

toute l’année ! Les enfants mettent la main à la pâte: les garçons au jardin, les filles aînées pour s’occuper

 

des petits, du ménage, etc…Beaucoup de points positifs aussi: deux bons logements, le presbytère “L’abri” à Oloron, Margalot à Osse.

Un collège fréquenté plus ou moins longtemps par les huit …et les merveilleuses vacances à Osse ! (deux mois chaque été) qui nous apportent:

  • la montagne où Charles va nous emmener dès l’âge de cinq ans
  • la famille, les cousins, les Reuss qui nous serviront de grands frères et soeurs, Mireille, les Edouard…

 

Noël 1939 : c’est la guerre et nous sommes tous réunis pour la dernière fois à Oloron. Pierre et Freddy sont mobilisés, Guy et Gérard devront regagner Genève pour échapper au service civique. Je partirai moi-même quatre ans pour l’Algérie.

La retraite

A partir de 1949, Charles et Lucie s’installent à Margalot, ils accueillent enfants et petits-enfants aux vacances. Charles organise des balades en montagne ou conseille les alpinistes, neveux ou amis. Mais Osse est encore bien isolé et ils n’ont même pas l’eau courante ou de voiture…Or Lucie est malade, sa santé n’a pas pu résister à des années si dures physiquement. Elle sera soignée avec amour par Charles pendant dix ans, tantôt à Osse, tantôt en clinique ou chez leurs enfants. Elle s’éteint en 1958. Charles vivra jusqu’en 1965; il fera le bonheur de ses enfants et de 23 petits-enfants, découvrira avec passion Israël, retrouvera avec joie l’Afrique lors d’un hiver à Dakar chez les Pierre. Il gardera jusqu’au bout son calme, son humour, sa confiance et sa foi.

 

Marianne Charles

 

  • Margalot: maison des Charles à Osse en Aspe, située en dessous du cimetière, sur la route qui conduit au gave.

 

 

Années de guerre 1939 -1945                                                                par Yano HEU leur fille cadette – Juin 1992

 

Charles et Lucie ont passé les années de guerre à Oloron et Osse. La famille avait bien diminué et il n’y avait plus que trois enfants à « l’Abri », puis deux, puis un en 1944. Au début de la guerre, grande émotion pour nous, parents et enfants, de voir défiler devant notre impasse des dizaines de camions découverts dans lesquels des hommes et des femmes serrés et hurlants tendaient leurs mains vers nous. Ils partaient vers le tristement célèbre camp de concentration de Gurs, situé à 16 km d’Oloron. Charles a été nommé aumônier de ce camp et Lucie et lui ont beaucoup travaillé auprès des prisonniers allemands et juifs. Ils ont aidé l’équipe de la CIMADE dont le travail était rude et qui venait “se ressourcer” à « l’Abri ».

Lors d’une émission de télévision consacrée aux camps français en 1991, nous avons entendu ce témoignage d’un vieux juif allemand : “A Gurs j’avais deux lueurs d’espoir: d’une part, les visites du pasteur Cadier d’Oloron, qui rassemblait les protestants dans la buanderie. Il nous parlait; je ne comprenais pas grand chose mais je sentais son amour. Et cet amour, il l’a prouvé en faisant sortir des lettres, au nez de la censure. Plus tard on l’a dénoncé et on lui a interdit l’accès au camp. L’autre lueur d’espoir, c’était d’aller chez soeur Elisabeth, à la baraque du Secours Suisse…” Le camp de Gurs leur a donc été interdit après 1943. Oloron était en zone libre, Osse en zone frontière interdite. Les Allemands étaient partout. Heureusement nous étions tous domiciliés à Osse, ce qui nous a permis de faire des va-et-vient incessants. Oncle Henri et Pouquet ont fait passer de nombreuses personnes en Espagne, souvent avec l’aide des habitants d’Osse. Il s’agissait de gens qui fuyaient les Allemands ou qui voulaient rejoindre les forces françaises libres à Londres. Oncle Henri avait pris de gros risques et il savait qu’il pouvait être arrêté. Un jour la mère d’un professeur du collège d’Oloron qui travaillait à la Kommandatur à Pau apprit que les Allemands comptaient l’arrêter le soir-même. Grâce à elle et à son fils, Pouquet fut alerté à temps pour prévenir son frère “Fenouil” de quitter d’urgence son domicile. Les Allemands se sont présentés chez lui une demi-heure après son départ. Oncle Henri a pu ainsi regagner la Suisse où il est resté jusqu’à la libération. Pouquet lui-même n’a jamais été inquiété par la police ou la Kommandatur, malgré les nombreux passagers clandestins accueillis à « l’Abri »… Par contre, en tant que pasteur d’Oloron, il a reçu plusieurs visites d’officiers allemands en garnison à Oloron, fiers de leurs origines huguenotes françaises et très “corrects”.

 

Yano Charles

 

Charles Cadier en montagne                                          par Pierre Cadier, son fils – 1965

 

Il est bien difficile à un fils de dire ce que fut son père. Mais je puis vous assurer que parmi tout ce que nous avons reçu de lui, nous ses enfants, son amour simple et profond de la montagne se situe en bonne place. Dès que nous étions en mesure de mettre un pied devant l’autre, il nous y entraînait. L’un de nous n’avait pas six ans, que déjà c’était l’expédition au Pic d’Anie, tout à pied depuis Osse, notre centre familial. Il fallait son inlassable patience, sa bonne humeur et en même temps sa fermeté pour faire parcourir de si longues étapes à de si petites jambes.

Plus tard ce furent l’un après l’autre presque tous les sommets des Pyrénées occidentales. Et chacune de ces courses auxquelles il nous initiait était l’occasion de récits innombrables et émaillés de détails faisant revivre pour nous, à 20 ou 30 ans de distance, ce qu’il fit avec ses frères au Pays des Isards. Pas de panache. Les faits tout simples: comme si le Costérillou ou les Crabioules, parcourus pour la première fois par eux, étaient une affaire toute normale. C’était la même passion paisible pour les moments et les parcours faciles que pour les grandes heures où ses frères et lui sortirent des itinéraires battus et surtout des habitudes pratiquées par les pyrénéistes du début du siècle. Pas de porteurs et pas de guide. Le bivouac était de règle, aussi haut que possible, et avec une sobriété d’équipements qui nous donne froid pour eux lorsqu’on y pense: à cinq, sous un seul plaid léger recouvert d’une bâche de grosse toile; et cela au sommet de l’Anèto ou du Balaïtous. Il leur fallut quinze années de pratique du névé et du glacier avant de troquer le bâton pour le piolet: jusque là une hachette leur servait à tailler leurs marches. La corde? Oui, une cordelette pour tirer les sacs dans les cheminées trop exposées. Mais pour l’assurance on ne prévoyait rien.

Lorsqu’on 1950 – il avait 68 ans – je fis avec lui le Pic occidental de l’Ailefroide et le Dôme des Ecrins (le verglas nous empêcha ce jour-là la Barre, il en était tout déçu et discrètement me reprocha de ne pas oser passer) c’est tout juste s’il accepta de s’encorder. Etait-ce de l’insouciance? Peut-être un peu; mais c’était surtout le signe d’un grand calme intérieur, d’un tempérament solide et sûr. La simplicité du coeur se traduisait par la sobriété dans l’accoutrement et dans les gestes. Une harmonie du physique et de l’esprit. Une confiance en soi et une joie profonde qui animait toute l’existence, visible et invisible.

 

Un de ses fils – Pey

 

 

Revue Pyrénéenne du CAF

 

Article de Jean Cazayus, Jean et Pierre Ravier – mars 1966

 

“Collaborateur de son frère Albert, pasteur comme lui, Charles Cadier avait commencé à exercer son ministère a Oloron Sainte Marie. De 1909 à 1926, il fut missionnaire au Gabon où il accueillit le jeune docteur Albert Schweitzer; c’est également en ce lointain pays, sur les rives de l’Ogooué, qu’il vit naître Paul Keller, compagnon de l’un de nous à l’Himalaya il y a trois ans. De 1928 à 1949, il fut de nouveau pasteur des églises réformées d’Osse et d’Oloron…”

 

…” Un maussade jour d’hiver 1964 nous eûmes l’inoubliable privilège de pouvoir rendre visite à Charles Cadier de “parler montagne” avec lui…, de projeter aussi des photos choisies à son intention… Le BONDIDIER rapporta jadis une émouvante visite qu’il fit à RUSSEL (célèbre pyrénéiste anglais) peu avant sa mort…

 

Des termes identiques aux siens nous viennent à l’esprit pour traduire la même émotion, le même émerveillement que plus de cinquante années de distance, suscita, en nous cette fois, cet autre vénérable pyrénéiste en présence duquel nous nous trouvions. Notre étonnement à tous trois était à son comble d’entendre Monsieur Cadier énumérer et nommer avec précision et sans hésitation, sommets, cols, glaciers, vallées dont les multiples et changeantes images se succédaient sur l’écran…Les paysages que, depuis sa lointaine et vagabonde jeunesse pyrénéenne, il n’avait jamais revus, il les découvrait là -et il les connaissait exactement – avec un enthousiasme que le temps n’avait en rien altéré!…”…

 

Nous nous en voudrions, en achevant, de ne pas citer encore ces admirables lignes extraites de l’ultime lettre que nous reçûmes de Charles Cadier… : “Le grand Russel – nous écrivait-il – se répandait en regrets sur l’envol par trop rapide des beaux jours de sa jeunesse. Je ne parlerai pas comme lui, car si mon corps n’est plus guère qu’un poids mort, mon esprit ne cesse de se réjouir, intensément et avec une immense gratitude, à l’évocation de tout ce que – à travers ma longue vie – j’ai vécu de bon, de vrai et de beau, en montagne, au Gabon et dans notre douce France”.

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Portrait : Edouard Cadier

Quelques faits saillants de la vie d’ Edouard Cadier par son fils Francis

 

Novembre 1992

 

Edouard fit ses “humanités”, comme les autres, au lycée de Tournon. Plus attiré par le commerce que par les études classiques, on l’envoya à Glasgow, chez Oncle Hugo Roemmele qui tenait un important commerce de charbon et d’acier. Il y passa deux ans. Oncle Hugo le renvoya en précisant qu’il ne ferait jamais une carrière de commerçant ! A son retour, il réussit l’examen d’entrée à l’IDN (Institut Industriel du Nord). Il y fit trois années de 1900 à 1906. Ces dates peuvent étonner, mais le sursis n’étant pas encore inventé, il accomplit ses trois années de service militaire, en sandwich, de 1902 à 1905. Et ceci au 5ème Génie de Versailles – le rail resta pour lui une passion. Il retourna à Lille en septembre 1905 pour accomplir sa dernière année d’études d’ingénieur. En dehors de son travail scolaire, il avait deux activités. Loin de ses montagnes, dans ce plat pays du Nord, il se mit au vélo et spécialement aux courses de vitesse sur piste (vélodrome). Mais il fallait une bicyclette spéciale pour courir sur piste. N’ayant pas l’argent nécessaire à cet achat, c’est son ami Paul Reuss, son compagnon de balades, qui la lui procura. Une année, à l’étonnement du public et plus encore des organisateurs, il fut champion du Nord, battant en deux manches l’enfant du pays, tenant du titre. Sa seconde activité était la fréquentation assidue de la Mission Mac-Ail (Fraternité Evangélique). Il participait à sa vie. C’est là qu’il fit la connaissance d’une jeune veuve, ravissante et fort cultivée qui animait les activités artistiques et culturelles de la Mission. Elle était inoubliable et vibrante sur scène et Edouard vibrait aussi mais … très fort, à ce point qu’il la mit dans ses bagages avec son diplôme d’ingénieur en fin d’année, pour la présenter à ses parents à Osse. Mais Alfred et Helen n’étaient pas seuls à Osse. Albert était là, nouveau pasteur récemment installé. Albert – un port altier, le regard fulgurant et princier du milan royal, la moustache conquérante, accrocheuse, ravageuse même, l’éloquence persuasive, le verbe ensorceleur et charmeur. En réalité, il est certain que la vocation d’Albert correspondait parfaitement à l’idéal de vie de Suzanne. Ce fut certainement une grande déception pour Edouard. Mais rien ne pouvait ébranler ce granit qu’était la Tour (=les cinq frères réunis) dont George disait qu’Edouard en était le ciment. C’est beau la fraternité puisqu’ Edouard fut le parrain d’Henri, premier né d’Albert et de Suzanne! Ainsi commença la vie d’Edouard. Il s’installa à Paris, dans un petit appartement accueillant, toujours ouvert à ses amis, sept clefs étaient

 

  • leur disposition. Il y mena une vie de célibataire rude et sans doute chaste, comme l’eût souhaité Granny-Victoria.

Il était ingénieur-électricien chez Thomson-Houston. Travailleur, il s’y fit une belle situation jusqu’à la guerre 14-18. Entre-temps, son meilleur ami, son condisciple de l’IDN de Lille (il en sortit major) Paul Reuss, épousa sa soeur Marguerite. Ce fut pour lui une grande joie… et il fut le parrain de leur premier né, Georges.

Rencontre avec Laurence Julien

 

Son jour de gloire devait cependant arriver. Son frère George, l’aïnat, était alors pasteur à Pamproux en Poitou, Edouard faisait de fréquents séjours au presbytère. George avait comme paroissienne et amie la famille de Lydie Perrineau, épouse de Louis Julien dont elle eut cinq enfants, dont Laurence. Elle était douce, simple, accueillante, pratique et de bon sens. Elle avait un coeur tout neuf à donner et de plus, un “pedigree parpaillot” sans faille, la croix huguenote vissée sur la poitrine qu’elle avait fort belle. Le coeur d’Edouard fit “tilt” et un écho passionné lui répondit. Ils se marièrent et se rendirent mutuellement heureux jusqu’à ce que la mort les sépare en 1958. Après Georgette et Nelly, une troisième poitevine entrait dans la famille. Edouard et Laurence s’installèrent à Paris et n’étant ni l’un ni l’autre dans leur prime jeunesse, ils commandèrent Eveline immédiatement.

 

La Grande Guerre (14-18)

 

Vint 14-18. Au gré du flux et du reflux des marées du front, Edouard fit sauter et construire, ressauter et reconstruire des ponts de chemins de fer. Comme il avait cette passion des ponts et des chemins de fer, il accomplit régulièrement après la guerre ses périodes d’officier de réserve au 5è Génie à Versailles. En 1936, capitaine de réserve, il est fait chevalier de la Légion d’Honneur. Il reçoit sa croix, un dimanche après-midi d’août, des mains de son frère Henri, devant Granny, ses frères et soeurs à Osse à ce moment là. On sabla le champagne, un événement dans la famille plutôt portée sur le thé! En 14-18 donc, il fut lieutenant, commandant de compagnie et vivait dans un wagon de 1ère classe avec ordonnance et cuisinier… Début 17, le front se stabilisant, il installa Laurence, Eveline et la bonne à Abbeville. Ce séjour en ce lieu m’est particulièrement cher puisque j’y fus conçu et naquis début 1918. Pendant ce temps, son beau-frère, son plus cher ami, Paul Reuss, se faisait tuer dès septembre 14 (il était simple soldat de 2ème classe). Henri, également fantassin, était blessé à Verdun.

 

La paix revenue, Edouard et Laurence retrouvent Paris. Paul naîtra en 1919; Laurence, qui a “petite santé” reste fatiguée. Une jeune alsacienne vient l’aider pour s’occuper de Paul qui démarre difficilement. C’est Maïelle (contraction de Mademoiselle): Berthe Person. Venue pour quelques mois en 1920, elle nous quittera 37 ans plus tard, à l’âge de la retraite en 1956. Intégrée à la famille, elle fut vingt-huit ans l’efficace et discrète secrétaire d’Edouard. Un monument de fidélité et de rigueur.

 

L’industriel

 

En 1923, un grand virage. Edouard quitte Paris et installe sa famille à Orléans. Il collabore à la direction des Ets Rivierre-Casalis, fabricant de matériel de battage. Il est tout de suite pris par le monde de l’agriculture, sa mécanisation. Son avenir n’y étant pas assuré, il quittera Rivierre-Casalis pour reprendre une entreprise similaire, les Ets Raoul Rousseau.

Nous sommes alors en 1927, Edouard a 46 ans et en “épousant” Rousseau, il entre en religion. Il s’entoure de

 

vieux et précieux amis qui le conseillent. Il met dans la société tout son avoir, emprunte et, prévoyant l’avenir, prend une forte assurance-vie dont les lourdes échéances obéreront ses finances jusqu’au plein développement de la société. Il avait une ardeur juvénile, le goût du risque et une puissance de travail volontaire, lente et efficace. Ses horaires de travail étaient invariables: 8h -19 h du lundi au samedi. Un rapide repas à midi (suivi d’une sieste de 10 minutes, sur commande). Tous les soirs après dîner, il était à son bureau et Laurence, installée sur sa chauffeuse cousait.

1927, l’affaire était reprise en pleine crise. Les premières années furent très dures et certaines échéances plus que difficiles. Il me souvient qu’un mois (en 1932?) ayant épuisé tous les recours locaux (banquiers et amis), c’est Jacques Delpech qui, sur télégramme, couvrit l’échéance! Trois dominantes dans sa vie d’industriel :

 

Le chercheur

 

Avec son fidèle collaborateur Beurienne, il prit plusieurs brevets. La première ramasseuse-botteleuse à foin au monde, à bottes légères, est française et non-américaine et sortit des usines Rousseau en 1936. La technique Rousseau a toujours été une technique de pointe. Une réduction au 1/10 de la presse-ramasseuse C 30 (elle tourne encore) est au musée des “Ruralies” à Niort. Les noueurs de cette machine fonctionnent.

 

Le vendeur

 

  • avait une inlassable patience avec ses clients et manquait rarement une vente nécessaire à la stratégie d’implantation de la marque. Edouard instaura des relations chaleureuses entre fournisseurs et clients et diffusa le nom de Rousseau dans toute la France agricole. Les ventes se traitaient dans son bureau ou chez le client, très rarement au bistrot qu’il détestait comme il haïssait les apéritifs (il y prenait, par principe, un éternel vittel-fraise).

 

Le patron

 

En 1927, lorqu’il reprit Rouseau, 30 personnes vivaient sur l’entreprise. Nous étions près de 400 à sa mort. Tous les jours, il passait deux heures dans les ateliers et les bureaux. Il connaissait chacun par son nom, était au courant des diverses situations familiales, souvent le confident ou le “père” écouté. Il avait inconditionnellement confiance en l’homme et ne modifiait son jugement que lorsqu’il était trompé. Le soir, en sortant de chez lui, il visitait fréquemment ceux qui étaient dans la peine ou malades. Les grèves de 1936 ne touchèrent pas l’entreprise. J’avais 18 ans et j’étais à l’usine quand un ouvrier tôlier, Jean Lépine, délégué par ses camarades, frappa au bureau d’Edouard et lui dit : “Monsieur Cadier, les gars des syndicats sont sur le boulevard et nous engueulent; il faut que nous nous arrêtions”. La grève dura une heure symbolique !

En 1934, précédant la loi de deux ans, il institua les congés payés dans l’entreprise. Une semaine en 1934 et deux en 35. Ce qui lui valut de violentes critiques de la part de l’Union Patronale du Loiret. Dès 1930, le personnel participa, selon des critères qu’Edouard avait établis, aux bénéfices de l’entreprise. C’était l’enveloppe de fin d’année, remise solennellement au cours de ce qui devint l’après-midi du “Noël Rousseau”. Une énorme et joyeuse fête familiale: spectacle et jouets, dîner et bal. Edouard ne dansait pas. J’ouvrais le bal avec Laurence qui valsait fort bien. Tout cela n’était pas du paternalisme mais une joyeuse et confiante “convivialité”, chacun ayant conscience que, par son travail, il avait entre les mains son propre avenir qui se confondait avec celui de la “maison”.

En 1937, arrivèrent à Orléans les premiers réfugiés républicains espagnols et leurs familles. Ils surent vite que la maison Rousseau était une maison amie. Ils venaient du Centre d’Accueil mis en place par la municipalité. Arrive la guerre et l’occupation. En 1939, l’entreprise employait 80 à 90 personnes. Dès la déclaration de guerre, l’atelier tourna en deux équipes sur des fabrications de guerre (pièces de mitrailleuses et cuisines roulantes). Vint juin 1940 et la débâcle. Edouard a laissé un document dactylographié de quatorze pages relatant l’évacuation de l’usine: archives et Laurence à Pamproux et matériel et machines à Chateauroux, ainsi que le personnel actif et les familles – environ 230 personnes. Une odyssée assez extraordinaire entre le 14 et le 16 juin. Trois jours pour couvrir les 140 kilomètres d’Orléans à Chateauroux, menant à bon port ces 230 personnes et le matériel. Il avait alors près de 60 ans et fit des dizaines de kilomètres à pied ou en vélo, de jour et de nuit, son poing comprimant une hernie. Il retourna à Orléans immédiatement pour faire face aux problèmes de chef d’entreprise, de conseiller municipal, (puis d’adjoint au Maire), de conseiller presbytéral, palliant les absences souvent craintives de ses collègues. On s’installa dans l’occupation. I! fallait survivre. En tout premier lieu, refaire tourner l’usine, donner du travail au personnel. Il s’y employa avec ténacité, habileté, débrouillardise. L’entreprise vivait de la réparation du matériel d’occasion, de petites fabrications diverses et fournissait à l’occupant le minimum de travail imposé et d’une qualité douteuse et à la Résistance des containers en tôle pour les armes parachutées ! 80 à 90 personnes étaient employées (dont, pour un temps, 5 à 10% d’hommes de passage, réfractaires, recherchés ou prisonniers, français ou étrangers qu’il fallait souvent loger). Je fournissais de fausses cartes d’identité et d’alimentation aux plus exposés. Les risques étaient grands pour tous. Pour ces faits, j’ai été arrêté par la Gestapo en février 44 avec une partie du réseau “Vengeance” Orléanais. C’est par miracle que, seul de mon groupe, j’ai échappé à la déportation. Août 44: la libération. Le travail reprend. Paul, prisonnier de guerre évadé, s’installe à Orléans, venant de zone libre où il a terminé ses études d’ingénieur IDN comme Edouard. Je pars, pour quelques années avec ma famille, meunier à Loches.

L’usine de Fleury-les-Aubrais, le grand-oeuvre d’Edouard, est construite. Quatre cents employés, plus de 1.000 ramas-seuses par an, plus de 15.000 m2 couverts (Edouard est fait Officier du Mérite Agricole). Il n’occupera jamais son bureau directorial dans la nouvelle usine. Il meurt en février 58, deux mois avant le déménagement définitif.

 

L’homme chrétien

 

Edouard n’était pas un théologien pour deux sous ! Mais il avait la foi du charbonnier et en tirait les conséquences naturelles : une pratique religieuse régulière, une participation active et généreuse à la vie de la paroisse et à ses oeuvres. Trente ans au Conseil Presbytéral. Mais surtout plus de trente ans Président de l’Accueil Familial, “Oeuvre des Orphelines Prostestantes”, créée vers 1840 et dont son grand-père Alphonse, alors pasteur à Blois, avait été administrateur-fondateur. Oeuvre qui ne subsistait que par dons, collectes et le règlement d’hypothétiques pensions. Il la maintint à bout de bras jusqu’à la création de la DDASS. En 1957, il fait acquérir par l’oeuvre la propriété du “Mouteau” en banlieue d’Orléans. Son travail est terminé. Il meurt l’année suivante. En réalité, l’Accueil fut son oeuvre dans l’Eglise, la manisfestation de sa foi, de son besoin de donner de son temps et de son savoir et de son avoir.

Econome de nature, il n’aimait cependant pas l’argent. J’ai su depuis sa mort qu’il donnait largement.

Seule, le “Sphinx” Maïelle, qui tenait sa comptabilité, eut connaissance de cela.

La vie familiale

 

La prière d’action de grâce, avant chaque repas, était dite par l’un de nous, avant de s’asseoir à table. Le culte de famille était quasi quotidien. Edouard le maintint jusqu’à sa mort. Toujours après le dîner, sauf dans les dernières années de sa vie où la Bible et “une parole pour tous” étaient lues au lit. Cela pouvait avoir un bienfaisant effet soporifique sur Laurence, qui parfois, s’endormait paisiblement avant la fin de la prière ! Les activités d’Edouard lui laissaient peu de temps à consacrer à la vie familiale et peu de loisirs. 2 à 3 heures de marche rapide, au bord de la Loire, le dimanche après-midi, il rentrait pour le thé et se mettait au travail en écoutant le concert émis par la radio – il monta lui-même son propre poste de TSF vers 1928. Cependant, par manque de temps, il bricolait rarement et son petit atelier, bien monté, servait un peu de fourre-tout.

Après les moissons, il prenait quelques jours de vacances à Pamproux ou à Osse en septembre. Avant 1930, nous voyagions par chemins de fer. Lors des arrêts, il se penchait à la portière, mettait ses doigts dans sa bouche et sifflait… et le train partait. J’ai mis du temps à m’apercevoir que son sifflet coïncidait avec celui du chef de gare ! Nous, ses enfants, avons fait beaucoup plus de montagne avec “Pouquet” et nos cousins aînés, (les Reuss) qu’avec Edouard. Je n’ai fait avec lui que cinq courses: en 1926, l’Aspe – en 1932, l’Ossau – en 1934, le Néouvielle – en 1937, la Grande Fâche – en 1947, l’Ariel. Il avait 66 ans, un pas assuré et rapide. Juste avant le sommet, il traversa la petite dalle, étroite et pentue, debout, en balançant son piolet (nous l’avons passé à quatre pattes).

Il dépensait peu mais ce qu’il possédait était toujours de belle qualité et venait d’un bon faiseur. Il mettait en pratique ce que disait sa mère : “Je ne suis pas assez riche pour acheter bon marché”.

Les amis

 

L’hospitalité d’Edouard et de Laurence était connue de tous. C’était la maison du Bon-Dieu. Table ouverte, on se poussait pour ajouter les couverts. Ils étaient l’un et l’autre fidèles et constants en amitié.

La famille

 

Elle prenait bien évidemment une grande place dans sa vie. Dès son installation à Paris en 1905, Edouard vit fréquemment ses cousins Bost. Essentiellement les descendants de John: les Charon, Jalaguier et leurs descendants. Gaston et Jacques Bost (fils d’Henri), les Festal-Jalaguier, les Nègre-Charon, les Casalis, fils d’Auntie et d’oncle Fred.

En tout premier lieu sans doute, au fond de son coeur, sont les Reuss. Outre notre maison, le grand jardin de la rue Charles Péguy contenait un pavillon qu’habitèrent tante Guitte et ses trois enfants jusqu’à leur installation à Grenoble. Les Reuss étaient dans notre vie et Edouard essaya de pallier l’absence de son ami Paul.

Mireille vint un an à Orléans où elle obtint au Conservatoire le 1er prix de piano; à l’âge de 4 ans Yano passa plusieurs mois chez nous ainsi que Liliane avant son entrée à Bagatelle.

Edouard fut le représentant légal d’oncle Edmond et tante Val à Madagascar auprès de leurs enfants. Laurence et lui les remplacèrent lors du mariage de Robert et Roger, de même pour ceux d’Henri et Bernard Casalis. And so on… Solidarité familiale…

Edouard mourut aussi simplement qu’il vécut. Se sachant condamné, il suivit avec patience le chemin qui lui était tracé. Aucune révolte, mais un grand sentiment de paix. Trois jours avant sa mort, il réunit dans sa chambre sa famille et ses plus proches amis et demanda la célébration d’un service de Sainte-Cène. J’étais au pied de son lit juste avant qu’il ne rentre dans l’inconscience et il me dit en soulevant ses deux bras : “Je vais vers la lumière”. Il y est en tout assurance.

 

Et Laurence ?

 

Elle vouait à Edouard un amour total, avait une confiance absolue mais non aveugle. Fine et perspicace (Edouard avait grande confiance en son jugement), elle aplanissait sa route, disponible et accueillante, lui ôtant tout souci d’ordre ménager, lui rendant la tâche plus facile. Elle n’était pas son ombre mais vivait dans son sillage. Elle vécut onze années de solitude se prenant étonnament et remarquablement en charge, confiante et sereine, dans la certitude du revoir.

Francis – Edouard – Cadier

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Portrait : Albert Cadier

                                                                                                                                                par Françoise Gougne (Yves, Albert),                                              l’une de ses petites-filles

 

       Difficile d’évoquer un grand père inconnu, mort si jeune, et dont on n’a jamais entendu parler qu’avec une auréole de saint.

Comment imaginer un homme de chair derrière ce personnage, cet ancêtre mythique ?

      J’ai longtemps cherché à tâtons une image plus précise d’Albert à travers les livres, les récits des uns et des autres. Bien sûr, il y a la biographie de notre grand-mère, qui reste un témoignage précieux et ce premier passage que j’en extrais sur l’enfance du “grand homme” qui me touche particulièrement : “J’ai connu un enfant de huit ans chez qui une correction méritée mais non acceptée, moins que cela, une insignifiante contrariété, déchaînait périodiquement d’effroyables colères. Une soupe d’orge perlé ou la simple présence dans sa soupe d’un légume qu’il n’aimait pas faisait aussitôt s’évanouir sa gaieté. Alors que ses frères et soeur commençaient leur repas, il regardait fixement son assiette, dans une attitude muette, fermée, désespérée, de plus en plus hostile et dont ne parvenaient à triompher ni les sollicitations de sa mère, ni les objurgations de son père. Une sourde colère peu à peu montait en lui, et quand elle le possédait pleinement, prompt comme une anguille, il se laissait glisser sous la table et saisissant les pieds, l’agitait violemment pour nuire le plus possible. Non sans peine, on finissait toujours par le saisir et l’emporter. Mais la correction paternelle n’avait pas le don d’apaiser la colère; les larmes qu’elle provoquait étaient larmes de rage; l’enfant hurlait, cherchait à tout briser autour de lui, si bien qu’il fallut parfois l’abandonner dans un réduit, sur une chaise, pieds et poings liés à la chaise. Il y a quelques quarante deux ans de cela, et j’en conserve un souvenir vivace; car cet enfant, c’était moi-même.” Albert raconte dans son “Credo” ce souvenir qui me fait rêver sur les méthodes d’éducation dans notre famille en 1897!…

       Mais je voudrais surtout, ici, reprendre de larges extraits d’une conférence de Michel Papy, professeur d’histoire à l’Université de Pau, qui a fait un travail de recherche sur “la communauté protestante espagnole d’Oloron” (1905 -1936) et qui retrace l’épopée de la Fraternité. Cette conférence m’avait beaucoup impressionnée car d’une part, elle avait eu lieu dans le temple même d’Oloron et d’autre part, on me proposait enfin une image de mon grand-père qui me parlait, qui devenait vivante.

         Voici donc ces passages que j’ai choisi de présenter: “Albert Cadier, après des études à la Faculté de Théologie de Montauban puis à Genève, est dans cette dernière ville lorsqu’en 1904, son père, se sentant usé, l’appelle à Osse comme pasteur suffragant. Il a alors 25 ans. C’est un montagnard résistant, grand connaisseur des Pyrénées dont il a parcouru avec ses quatre frères tous les grands sommets; les Cinq Frères Cadier viennent juste de publier “Au Pays des Isards” qui va très vite devenir un classique du pyrénéisme. Albert, dès son installation à Osse, sort du cadre de sa petite paroisse. Dès la fin de l’été 1904, il avait rendu visite aux maires des villages de la haute vallée d’Aspe, leur proposant des conférences sur des questions religieuses. Cela avait été un échec. C’est alors qu’il s’est tourné vers Oloron où il se rend le 2 juillet 1905″. Michel Papy raconte alors que c’est à la demande de tante Nelly, fraîchement installée avec oncle Henri à Oloron et qui venait de créer une école du dimanche pour les jeunes Espagnols, que Albert va venir la première fois. Il rencontrera Francisco Gorria, colporteur évangélique. Puis, à peine consacré pasteur à Osse le 4 août 1905, il part en Espagne, à Saragosse, où pendant tout le mois de septembre, il apprend le castillan au rythme de dix à douze heures de travail quotidien. A Oloron, il crée l’Association des Amis de l’Evangile, organise l’Ecole du Dimanche et dès les derniers mois de 1905, se partage entre Osse où il réside et Oloron où il se rend à bicyclette deux fois par semaine pour visiter les foyers espagnols misérables et les repris de justice, organiser des veillées, enseigner…Pourquoi les Espagnols ? En fait, depuis une génération, un nombre croissant de paysans des montagnes aragonaises toutes proches, est venu à Oloron prendre la relève des gens du pays qui partent. Cette population est en voie de fixation, mais n’a pas encore rompu avec ses origines. C’est ce maintien des liens de part et d’autre de la frontière qui offrit à Albert l’occasion de prolonger en Espagne l’action missionnaire qu’il venait d’amorcer en France. Les allées et venues en vallée d’Aspe de part et d’autre de la frontière se sont subitement multipliées depuis 1902 avec l’arrivée en masse des travailleurs des chantiers du Transpyrénéen. Réputés pour leur instabilité et leur violence, vivant en partie entassés chez l’habitant, en partie dans des villages provisoires de bois et de tôle, ils fascinent et inquiètent les Aspois, sont méprisés par eux sans être d’ailleurs tout à fait rejetés. Attiré par les humbles et par ceux qui souffrent, ne serait-ce que de leur propre violence, Albert s’est dirigé dans un même mouvement vers les ouvriers itinérants des chantiers de la vallée et vers les familles ouvrières des usines d’Oloron. En outre, voulant fonder durablement ce qu’il souhaitait créer, il a, tout aussi naturellement porté ses pas à la source même de ces migrations, dans les villages de montagne du Haut Aragon.

         Dès novembre 1905, s’amorce ce qui va devenir par la suite l’axe essentiel de son activité: l’évangélisation en Espagne même, dans les vallées de montagne du Haut Aragon. Le 12 novembre 1905, en effet, un couple d’Espagnols qui suivait son Ecole du Dimanche, lui apprend qu’ils doivent avec leurs enfants regagner leur village, Urduès, pour y gérer le bien familial que leurs parents, malades, ne peuvent plus entretenir. Albert leur promet d’aller les voir. Le 20 mars 1906, il franchit à pied, avec un collègue missionnaire, les Pyrénées sous la neige, par le col de Bernère à 2.100 mètres d’altitude et entreprend ainsi jusqu’à Urduès ce qu’il appelle son premier voyage missionnaire. C’est, en effet, le premier d’une longue série de quatorze voyages échelonnés de 1906 à 1911, qu’il a longuement racontés lui-même et grâce auxquels il a pu créer la “Mission Française du Haut Aragon”.

          Je reprends ici l’histoire d’oncle Henri “l’avocat”, qui mérite d’être soulignée : “Henri Cadier s’installe à Oloron en 1903. Or, il est une des chevilles ouvrières d’un Groupe d’Action Laïque et Sociale (GALSO) qui se crée alors et qui, entre autres activités, s’intéresse aux ouvriers de la ville, prenant contact avec eux et organisant des conférences sur l’exploitation des travailleurs. Or, en 1906 -1907, avec les débuts du mouvement ouvrier et les premières grèves à Oloron, le GALSO va jouer un rôle décisif car c’est à son appel qu’est fondé le 10 novembre 1906 le premier syndicat de la ville : des charpentiers et des maçons, que rejoignent un mois plus tard, des sandaliers et des ouvriers du textile, que d’autres suivront; parmi eux, déjà, se trouvent des Espagnols.

           Si, aux yeux de nombreux Oloronais, l’action de chacun des deux frères, Henri l’avocat et Albert le pasteur, se confond, il y a à cela d’excellentes raisons. Tous deux coopèrent effectivement: Henri joue, par exemple, un rôle décisif dans les premiers moments de la vie de la “Fraternité”, nom donné par le pasteur à l’association cultuelle fondée le 9 décembre 1906. Il l’aide à trouver un local, il le conseille sur le plan juridique, il anime ses réunions, il intervient souvent pendant les premières années, soulignant la parenté entre la Fraternité et l’Union Syndicale.

           Pourquoi la “Fraternité” ? Assemblée Générale du 9 décembre 1906 : “L’association a pour but de combattre l’ignorance et la superstition, en revendiquant tous les droits du libre examen, de propager la connaissance de l’Evangile et de développer la vie spirituelle et l’activité religieuse. A cet effet, elle pratique sous le nom de « culte réformé », le culte en esprit et en vérité réclamé par le Christ”. Il s’agit donc bien d’une libération par la connaissance et par l’action. L’important est que cette attitude a été très clairement comprise par les ouvriers espagnols auxquels Albert Cadier s’est adressé en priorité.

           Tous les témoignages de l’enquête orale sont formels : tous les témoins définissent d’abord le protestantisme comme l’accès direct et individuel à l’Ancien et au Nouveau Testament; tous y ont vu une découverte, une véritable révélation, la voie de la libération; tous voient l’analogie avec la nécessité de se prendre en charge.

           Durant les années 1907 et 1908, Albert va être aidé dans son travail à Oloron par son frère Charles, frais émoulu de la Faculté de Théologie et qui va accepter de prêter son concours durant sa première année d’activité. Une vocation déjà ancienne l’appelle à devenir missionnaire au Gabon, mais il retardera son départ d’une année. Il sera fort apprécié dans son travail auprès des Espagnols.

           En ce qui concerne les activités de la Fraternité, elles paraissent multiples, mais je relève la place spécifique de celle-ci : “Une autre constante fut l’organisation de conférences avec ce qui fut appelé pendant quelques temps, le Cercle d’Etudes Sociales. En fait, avec ces conférences, nous abordons tout un pan de l’activité de la Fraternité, qu’il est essentiel de bien voir pour comprendre le rôle qu’a joué ce Foyer dans la vie d’Oloron; un rôle non plus spécifiquement religieux, ni d’aide aux ouvriers, mais un rôle plus global : le Foyer de la Fraternité est peu à peu devenu un élément d’animation dans la vie culturelle. Les conférences n’en ont, en somme, été que la première manifestation. Elles sont organisées assez régulièrement, à un rythme mensuel quand c’est possible. Les sujets traités sont loin d’être exclusivement religieux. La plupart du temps, au contraire, ils portent sur des problèmes d’intérêt général, abordés très souvent d’un point de vue moral. Un exemple de conférences pris dans les années 1912 et 1913 en donnera une idée : “Nos responsabilités dans la famille”, “Les ennemis de l’amour”, “Le problème de la mort”, “L’alcoolisme”, “La pornographie”. Les conférences ne sont pas toujours faites par un pasteur, ni même par un protestant. L’ouverture à des bonnes volontés extérieures à la communauté fut dans ce domaine une constante. La construction d’un bâtiment, temple et foyer à la fois, fut l’occasion de multiplier les innovations, de celles qui, débordant le cadre proprement religieux, s’inscrivaient précisément dans la vision d’une société fraternelle, moyen par lequel Albert voulait faire sentir, concrètement ce que signifiait en vérité le message de libération apporté par le Christ. Il importait pour cela de multiplier des réalisations s’adressant à tout le monde. On pourrait dire, en somme, que le Foyer de la Fraternité a été un “créateur de sociabilité” : à l’usage de ses membres, sous forme de réseau de solidarité et de “grande famille” et à l’usage de la société oloronaise; c’est à ce titre qu’il a joué un rôle dans l’intégration de ses membres, des ouvriers aragonais en particulier.

           Combien de personnes en tout sont touchées par la prédication évangélique ? Beaucoup sans doute. Combien sont vraiment gagnées ? On peut estimer à 200 hommes, femmes et enfants, le nombre de nouveaux protestants à Oloron vers 1908. C’est peu de chose, mais presque tous sont des Espagnols; rapporté à la population espagnole qui est alors d’un millier, cela en représente le cinquième. Si l’on tient compte, en outre, de l’impact indirect qu’eut alors le mouvement et du rôle qu’ont joué les protestants dans la prise de conscience par les pauvres de leur condition, on peut mesurer l’importance du phénomène à l’échelle d’Oloron, bien entendu. C’est bien ainsi qu’il fut ressenti.

          Et je terminerai cette évocation par une petite phrase de mon grand-père qui pourrait être une forme de testament : “Nos enfants … si nous les voulons dans ce monde, c’est afin qu’ils transforment ce monde.”

 

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Portrait : Henri Cadier

   Biographie d ‘ Henri Cadier  par Martine DAVID, sa petite-fille –

Fév.2007 et les témoignages vivants de Paulette CHAPAL, sa nièce ( textes en  italiques ) Henri Alfred CA DIER, l’un des «cinq frères»  est né à  Osse-en-Aspe le 2 juillet  1877 dans le presbytère que ses  parents occupaient depuis un an. II était le troisième enfant  d’A lfred CADIER e t Helen BOST. De santé fragile, il fut  écolier à Osse puis l ycéen à Pau, contrairement  à ses frères qui furent pensionnaires à Tournon. Pendant les trois ans de son servic e militaire à Bordeaux, il put commencer des études de droit  et f ut licencié en droit en juillet  1903. C’est alors qu’il rencontre Nelly Point qu’il épouse le 11 novembre de la même année à Moncoutant  (Deux-Sèvres) où habite la famille Point,  propriétaire  de plusieurs fermes dans le bocage vendéen. Le couple s’installe à Oloron-sainte-Marie où Henri  xerce la profession d’avocat,  d’abord comme stagiaire puis comme  titulaire.  Dès lors Nelly tient les cordons de la bourse, car Henri a une générosité qui lui ferait donner aux par ticuliers comme  aux associations caritatives tout l’argent  du ménage. En 1905, ils adoptent Madeleine et  le 5 décembre 1912 naît  leur  fils Jacques. C’est dans leur  maison qu’ont  lieu les premiers cultes de la FRATERNITE, mission évangélique qu’Albert, frère d’Henri,  va développer auprès des ouvriers espagnols d’Oloron puis auprès des Espagnols les plus démunis du Haut-Aragon. Militants de gauche, Henri et son  jeune frère Charles dé fendent la cause des  ouvriers  sandaliers d’Oloron en grève et les aident à fonder leur Syndicat (1906- 1909). Le 1er  août 1914,  Henri est  mobilisé et  rejoint le 143 e régiment territorial où il est cycliste du Colonel. En avril 1915, il devient  tirailleur et  passe la fin de la guerre à Verdun,  en Champagne puis sur la Somme.  Blessé au bras en  191 7,  il finit  la guerre comme  instructeur des futurs tirailleurs. Nelly passe toute la guerre à  Moncoutant auprès de sa  famille.  Libéré en 1919,  Henri reprend ses fonctions auprès du  Tribunal d’Oloron et aux élections de 1919 il est nommé  1er adjoint de la ville. Ayant fait la guerre dans un régiment avec tous les Aspois, il était très connu dans la vallée d’Aspe et les paysans faisaient souvent appel à lui quand  ils se disputaient avec leurs voisins. Mais au lieu de chercher à gagner de  l’argent comme avocat, il essayait de les réconcilier, sans qu’ils se fassent un procès pour  qu’ils n’engagent pas trop de f rais. C’est ainsi qu’à Osse nous avions très souvent sa  visite avant qu ‘il retourne à Oloron. Nous aimions beaucoup notre cher oncle Henri. Lors d’une de ses visites à la fin de l’été, Grannie fui montre une lettre d’oncle Louis Mabille du Lesotho : « La société des  Missions a des difficultés budgétaires et ne  peut prendre en charge les études en France d’enfants de missionnaires. Je pense beaucoup à mon fils Mohato  et prie Dieu, espérant qu’il pourvoira à ses études ». Tranquillement, oncle Henri dit à sa mère : «Je sais qui est  Dieu », et il  prit Mohato chez lui, payant ses études au lycée d’Oloron  jusqu’à son Bachot. Pour moi, petite fille, il était Dieu. En 1926, le Tribunal régional d’Oloron est supprimé et Henri devient avocat auprès du Tribunal de Pau. Grand défenseur des droits de  l’homme – il est d’ailleurs Président de la Fédération de la Ligue des Droits  de l’Homme des Basses-Pyrénées – il va, entre autres, œuvrer à la révision du procès de Lartigue, injustement accusé du meurtre de deux voisins, et il obtiendra sa grâce aidé par le journaliste Maurice Coriem. Lartigue, seul protestant du village et voisin du couple tué et volé, a été accusé. Oncle Henri a fait appel à un avocat célèbre pour qu’il ne soit pas envoyé au bagne à Cayenne sans preuves. En vain ! Sa mère en est morte de chagrin, sa femme et ses enfants ont dû s’installer ailleurs. Mais le coupable, plus tard, arrêté pour un autre crime a avoué et oncle Henri a pu faire revenir Lartigue du bagne. Quand survient  la guerre de 39, ses  convictions religieuses, moral es et politiques en font un résistant de  la première heure : en tant  qu’avocat, il peut aider quelques familles à  quitter le camp de Gurs, et il fait partie d’un réseau permettant le passage clandestin de la frontière espagnole. En février 1943,  il est dénoncé et doit s’exiler en Suisse pour échapper à la Gestapo. Quand Oncle Henri a appris que la Gestapo devait venir l’arrêter le soir, il a juste bondi à Oloron chez son frère Charles avec tante Nelly. Pour se cacher, ils ont pensé à André et Paulette Chapal dans l’Ardèche montagneuse inconnue d’eux. Après train et bus, ils débarquent à Desaigues et pour ne pas éveiller les soupçons, ils disent qu’au cours d’un voyage, ils s’arrêtent chez une nièce à Labatie d’Andaure. Un taxi veut bien les y amener, Prise de contact avec Jacques Cadier, son fils, pour organiser son passage en Suisse, Pas commode parce-que nous n’avions pas le téléphone chez nous et au magasin de Labatie on téléphonait en public. Henri a dû descendre à pied à Desaigues (6 kms) pour avoir la cabine téléphonique fermée de la Poste. Huit jours après, j’ai dû aller avec oncle Henri à Valence retrouver Jacques dans un bar de Résistants. Celui-ci a regardé ce que son père transportait sur lui. Le malheureux avait deux cartes d’identité, la vraie et la fausse, fabriquée par un officier de l’Armée secrète qui venait tous les soirs écouter la radio de Londres chez nous, et surtout un gros  carnet  contenant tous les renseignements sur les biens des Juifs, cachés par oncle Henri pendant qu’ils passaient la frontière espagnole à pied! Jacques a caché sur lui la vraie carte et c’est moi qui ai rapporté à Labatie le carnet. Tante Nelly est restée six semaines chez nous.  En Suisse, oncle Henri retrouvait ses neveux Guy et Gérard fuyant le service obligatoire en Allemagne. Il y restera jusqu’ en novembre 1944 et  y écrit  Le Calvaire d ‘Israël , livre de témoignage et de réflexion publié en 1945 chez Labor et Fidès à Genève. De retour à Pau,  il reprend ses  activités professionnelles,  au Tribunal, et politiques comme  membre du  Conseil Municipal. En 1951, la mort accidentelle de leur belle-fille, mère  de cinq enfants en bas âge,  amène Henri et Nelly à quitter  Pau pour les Hautes -Alpes où leur fils est  pasteur, puis ils s’installent définitivement à  Moncoutant où ils peuvent accueillir aisément  leurs petits-enfants dans la grande maison familiale. Là, Henri va continuer à militer  pour la paix, à adhérer à de nombreuses associations humanitaires  et aider bénévolement  tous  ceux qui ont besoin de conseils juridiques.  Il entretient aussi une abondante correspondance. L’année 1961 est  marquée par le décès de sa fille puis de sa femme.  Il n’en reste pas moins actif  et voyage beaucoup dans sa famille. C’est  au cours d’un de ses voyages qu’il meurt d’un accident cérébral en 1965. Il venait voir ses deux sœurs  Mary et Marguerite, très diminuée par sa maladie de Parkinson. Il  est mort à Aumessas,  chez Mary, au moment où Marguerite mourait à  Cornac dans le même département du Gard. Il est enterré à Moncoutant (Deux Sèvres) auprès de  sa femme.

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Portrait : Mary Cadier épouse Mabille

         Mary, la deuxième de la famille Alfred-Helen CADIER. 

Comme son aîné George, “l’Aïnat”, est née à Osse, dans la maison Bile Latounette en 1875 (1ère maison à gauche en venant du cimetière) avant que Grand-Papa n’ait construit le presbytère d’Osse. Elle est et restera la sœur aînée d’autant plus vénérée de ses frères et sœur que le tiers de sa vie se déroule aux antipodes. Mais sa place reste toujours marquée par la présence d’une grande photo encadrée et placée au milieu des groupes familiaux. Elle possède la joie de vivre, manifestée par une gaieté congénitale et un peu coquine. Excellente pianiste, elle accompagne volontiers les chorales familiales pour les cantiques, les chants béarnais, de Botrel ou “patriotiques” selon les époques. Sans parler du mémorable morceau de musique de Louis Bost, spécialement composé pour elle et qu’on aime lui entendre jouer. Elle est connue et aimée de tous les Ossois et va volontiers leur rendre visite. Dans la diligence de Moulia, elle se joint aux joyeuses équipées vers Oloron. Et, dans un fameux mariage à Lescun, elle use sa paire de souliers à danser toute la nuit. Bien entendu elle accompagne ses frères et son père dans les courses de montagne… Excellente Izarde!

Institutrice de ses petits frères et sœur à ses heures, elle complète ses études à Pau, logeant chez son grand-père Alphonse et sa tante Lucie. «Elle n’avait le droit d’aller au lycée qu’accompagnée d’une petite bonne de 15 ans qui lui portait son cartable !»… Puis, la foudre s’abat sur cette famille Cadier si unie. L’intrus est un jeune missionnaire, Louis Mabille, petit-fils d’Eugène Casalis, pionnier béarnais du Lesotho. Débarqué à Osse avec un cousin Lauga, il sollicite la main de Mary et bientôt ce sera la fort joyeuse journée de mariage au village. Vint le jour du déchirement et de l’arrachement à la cellule familiale. De 1900 à 1906, de part et d’autre, on en est réduit à la carte hebdomadaire, vieille d’un mois, mais le contact est gardé et chaque fois les retrouvailles sont aisées et rapides. Cependant le retour en 1906 est douloureux bien que Mary revienne avec ses trois aînés -Magali, Henri (Mohato) et Hélène. Elle vient passer à Osse une dizaine de mois, étendue dans une gouttière pour guérir sa colonne vertébrale fragilisée par une ancienne chute durant leur voyage de noces (cette douleur lui donnera des ennuis toute sa vie). Son Louis revient de congé. En 1908 naît la petite Odette qui leur est reprise à six mois, avant leur départ pour le Lesotho. C’est la dernière période à Morija avec les naissances de Georges et Yvonne; puis vient le séjour à Maphutseng où naîtra Liliane. Il est difficile, voire impossible, de réaliser la douleur des parents devant se séparer de leurs enfants pour ne les revoir qu’en 1919, après la guerre (Mohato et Magali – 13 et 12 ans – étaient venus en France pour leur éducation). Puis cinq ans plus tard, elle laisse à nouveau en France Hélène et Georges pour ne les retrouver qu’après sept ans. En 1924, ce sont ses quatre filles qui quittent le foyer en même temps, les deux aînées pour se marier, les deux plus jeunes allant en pension au Cap. C’est là que l’on peut réaliser le don complet de soi et la foi qui animent ces anciens missionnaires à qui on demande un sacrifice entier. En 1927, Louis et Mary prennent en charge l’œuvre du Randet, abordent une vie nouvelle et combien difficile dans cette grande cité de Johannesbourg. Alors que Louis visite les dortoirs des mineurs, Mary va souvent l’accompagner dans les paroisses des villes africaines. Elle visite les hôpitaux, les femmes et les familles des évangélistes Basotho. Le retour en France en 1930 est l’occasion de revoir Mohato et de faire la connaissance de Betty sa femme, de leurs enfants, Odette et Jean. Bientôt ils sont à leurs côtés en Afrique du Sud. En 1934 ce sont Georges, Ménie et Claire qu’ils reçoivent à Johannesbourg. Trois années merveilleuses au cours desquelles Louis et Mary partagent leur dernière période missionnaire aux côtés de leurs deux fils Mohato et Georges. En 1936, Mary traverse une nouvelle période éprouvante quand elle accompagne son fidèle compagnon en France. En 1937 Dieu le reprend à son affection après une cruelle maladie à Pau. Le veuvage va durer 37 ans, vécu vaillamment soit à Osse avec Yvonne et Liliane pendant la guerre, soit à Aumessas avec Hélène. Au cours de ces années, Mary vient retrouver ses enfants Georges et Liliane en Afrique du Sud : 1948, 1949 et 1954. Successivement Mary perd sa fille Magali – 60 ans -, puis Yvonne – 48 ans. A son tour, le Seigneur la rappelle à Lui à l’âge de 99 ans, en 1974, à Saint Hippolyte du Fort. Elle laisse derrière elle 100 descendants pour lesquels son souvenir est marqué d’une pierre blanche.

Toute sa vie Mary a gardé une joie de vivre, un entrain et une faculté d’aimer que l’on avait plaisir à retrouver. Son rire était communicatif et son élégance naturelle.

Liliane Verdier

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Portrait : Alphonse Cadier, pourquoi les Cadier en Béarn?

 

Jusqu’en 1905. sous le Concordat, les Eglises dépendaient du Ministère des Cultes; les pasteurs étaient donc des fonctionnaires de l’Etat. Ils n’étaient titulaires que si un poste existait dans la paroisse; sinon, ils étaient dits «auxiliaires» jusqu’à ce qu’un nouveau poste soit créé en fonction de diverses conditions – nombre de fidèles entre autres. Il va de soi que cela influait sur leur salaire. D’autre part, pour les pasteurs auxiliaires, toute pratique des cultes pour les groupes de plus de vingt personnes était soumise à l’autorisation du préfet. Interdiction également de toute «association» non-autorisée. Et les préfets ne se gênaient pas, bien souvent, pour augmenter les restrictions qu’imposait la réglementation royale puis impériale.

Ce préambule pour montrer l’ambiance dans laquelle un jeune pasteur pouvait exercer son ministère, surtout en province. Et c’est ce qu’à longtemps vécu Alphonse Cadier: car il s’agit évidemment de lui, puisqu’il est notre ancêtre à tous ! Il est né le 15 mars 1816 à Sancerre dans le Cher, ville de ses grands-parents maternels; mais sa famille était originaire d’Asnières, faubourg de Bourges. Son père respecta sa vocation et en 1836, il commença des études de théologie à Montauban. Il avait obtenu une bourse, eu égard à la situation modeste de sa famille. En 1838, il passa ses vacances de Pâques à Pau, invité par des amis.

En 1841, il prit pendant six mois une sufragance à Orléans et fut nommé pasteur et consacré le 6 juin 1841 à Patay (Loiret). Il y resta jusqu’en 1844. Le Consistoire d’Orléans le nomma alors pasteur-auxiliaire à Blois (Loir-et-Cher) où une demande de création de poste, souvent réitérée, n’aboutit qu’en 1852, titularisant ainsi le pasteur.

Pendant ces quatorze années de ministère en Loir-et-Cher, il assura la desserte de ce que nous appelons aujourd’hui des «annexes»: Josnes, Romorantin, Saint Léonard et surtout Vendôme. Car c’est dans cette dernière ville qu’il fut pris dans le collimateur de l’Administration, représentée par le préfet, à la suite de ses libertés prises vis-à-vis de la réglementation : réunions non-autorisées, organisation illégale de cultes réguliers et à deux reprises obsèques d’un catholique, bien entendu à la demande expresse des familles. Et c’est ainsi qu’un procès lui fut intenté; condamné en première instance, il fut acquitté en appel, à Orléans par une Cour plus libérale. Son esprit d’entreprise, qu’il semble avoir légué à ses descendants, l’amena à Blois à construire un temple puis un presbytère (1847-1848), quitte à faire des dettes qui furent plus tard difficiles à éteindre. Néanmoins, surtout depuis son procès de 1857, Alphonse réalisa que cette sourde hostilité des pouvoirs publics et ces brimades étaient une indication à demander sa mutation hors de la région d’Orléans.

Or il se trouvait qu’à Pau, le pasteur de l’Eglise Libre, Monsieur Buscartet, en poste depuis 1838 et qui assumaiten plus la desserte des Réformés Evangéliques de Pau, se sentait fatigué et demanda qu’on le décharge de cetteseconde activité. C’est alors qu’ayant appris le désir de mutation de son vieil ami et camarade d’études, le pasteurLourde-Rocheblave, président du Consistoire d’Orthez, écrività Alphonse Cadier pour lui proposer la desserte de Pauqui comptait 125 paroissiens.

Il déposa alors sa demande de mutation au Ministère; le choix de Pau qui ne sembla pas être du goût du préfet(lettre de «contre-recommandation» à son collègue des Basses-Pyrénées qui n’en tint pas compte…), fut facilité par unrapport des médecins dont voici le texte: «Le pasteur, fort maigre et de mauvaisétat général, est menacé de phitsie et leseul palliatif à cette menace serait la vie dans un climat sédatif.» Certificat de complaisance ou erreur de diagnostic?Toujours est-il qu’Alphonse, qui avait alors 42 ans, vécut jusqu’à 95 ans!

La famille s’installa donc à Pau au début de l’été 1858, tout d’abord rue du Hameau (rue Pasteur), puis lamaison étant vendue, au 30 rue Montpensier; c’est au même numéro 30 que vivait comme retraité, le pasteur Ami Bost etsa femme qui se retirèrent à La Force en 1869; et Alphonse fut tout heureux de les retrouver car ils avaient connu Ami(le père de dix fils) lorsqu’il était pasteur à Asnières-tes-Bourges de 1843 à 1846.

Enfin il se retira en 1898 au 14 rue Taylor où il mourut le 30 mai 1911. Il avait perdu sa deuxième femme«Maman Laure» en 1869; sa fille Elise prit en mains alors les soins des enfants et du ménage; plus tard elle futremplacée par Lucie. Et chacun sait que son fils aîné, Alfred, s’installa comme pasteur à Osse en 1872 avec sa femmeHelen, qu’ilsélevèrent sept enfants et qu’Alfred vécut dans notre belle vallée d’Aspe jusqu’à sa mort en 1933. Voilàpourquoi les Cadier sont en Béarn depuis plus de 130 ans.

Par Henri AlbertCADIER Avril 1990Sources bibliographiques:Le Livre d’Or de la Famille Cadier par Alfred CadierLes Eglises Réformées du Béarn tome 3 par Marc ForissierGerbes de Souvenirs par Jean-Paul ReussM. le pasteur Alphonse Cadier-Actes divers de son ministère-in Archives du Consistoire d’Orléans 1840-1858Notes relevées par M. Jean Le Maire, petit-fils du pasteur Josnes, secrétaire du Conseil Presbytéral.

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Portrait : Alfred CADIER et Helen BOST

Lui, c’est Alfred CADIER, né à Blois en 1847, seul garçon parmi ses trois sœurs, pasteur tout récemment consacré dans sa petite paroisse d’Osse en vallée d’Aspe, département des Basses-Pyrénées.
Son père, Alphonse CADIER est pasteur, sa mère Mary PORCHAT est morte alors qu’il avait 6 ans. Alphonse CADIER se remariera avec Laure BONTEMPS en 1855 et aura avec elle six autres enfants.
Les CADIER, originaires d’Asnières les Bourges dans le Cher, se sont installés en Béarn en 1858 après la nomination d’Alphonse comme pasteur de Pau.

Elle, c’est Helen BOST. Helen sans « e » car écossaise comme sa mère Mary BOST, née CAVE et originaire des îles Bourbon. Elle est née à Glasgow en 1850 et a fait des études qui l’ont amenée à être institutrice. Son père, Ami BOST junior, est français d’origine Suisse. C’est un homme d’affaires. Dans une fratrie de “9 frères ayant chacun une sœur” (ce qui fait 10 tout juste) il est l’exception puisque tous ses frères sont pasteurs comme leur père Ami senior. Il est mort alors qu’Helen avait 14 ans.

Ils se sont connus à Pau où la jeune fille faisait des séjours en vacances chez ses grands parents BOST et venait, en voisine, chez les CADIER. Ils se sont mariés le 22 avril 1873 à Ayr en Ecosse, dans la maison que venait de faire construire la mère de la mariée Mary BOST, Belair Villa.
Installés dès leur mariage à Osse, ils ont habité la maison Mirassou Bile où sont nés leurs 2 aînés: George en 1874 et Mary en 1875. Dans le presbytère protestant bâti par leurs soins en 1876 sont nés Henri en 1877, Albert en 1879, Edouard en 1881, Charles en 1882, Ernest en 1884, décédé à l’âge de 2 mois, Marguerite en 1887. Ils y ont vécu trente ans. Leur troisième domicile a été la maison Izarda bâtie de la réunion de trois vieilles maisons, selon les plans d’Alfred, lui-même, juste à côté du presbytère. Ils y emménagent en 1906: c’est le lieu de rassemblement de cette nombreuse famille mais aussi de nombreux amis et pensionnaires qu’Helen reçoit, poursuivant la tradition d’hospitalité de la famille BOST. Alfred et Helen y resteront jusqu’à leur mort. La guerre de 1914 a conduit Alfred à reprendre la direction de sa paroisse. Il écrit, relie des livres, s’occupe de son potager, aime la solitude et la méditation. Père et grand-père attentif, il participe souvent à l’éducation de ses petits enfants, certains orphelins de père (les enfants de Marguerite, veuve de guerre dès septembre 1914), et veille à l’harmonie familiale en réunissant la tribu sous son toit lors de mémorables réunions de famille: les “Tours” Cadier.

Que de mariages, de noces d’or et de diamant, de réunions de famille, de fêtes a-t-elle présidé !
Ils se sont éteints, lui en 1933, année de leurs noces de diamant, elle en 1937.

Leurs
descendants ont conservé Izarda en indivision ; la maison
est gérée et entretenue par une SCI de 50
sociétaires tous membres de la famille. Leur Assemblée
Générale annuelle est l’occasion pour les
nombreux descendants d’Alfred et Helen de perpétuer la
“Tour” familiale.

Bibliographie
d’Alfred : La
Vallée d’Aspe et le Béarn Protestant
,
réédités en 2002 et 2003 par les Editions
Monhélios

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