Portrait : Mary Cadier épouse Mabille

         Mary, la deuxième de la famille Alfred-Helen CADIER. 

Comme son aîné George, “l’Aïnat”, est née à Osse, dans la maison Bile Latounette en 1875 (1ère maison à gauche en venant du cimetière) avant que Grand-Papa n’ait construit le presbytère d’Osse. Elle est et restera la sœur aînée d’autant plus vénérée de ses frères et sœur que le tiers de sa vie se déroule aux antipodes. Mais sa place reste toujours marquée par la présence d’une grande photo encadrée et placée au milieu des groupes familiaux. Elle possède la joie de vivre, manifestée par une gaieté congénitale et un peu coquine. Excellente pianiste, elle accompagne volontiers les chorales familiales pour les cantiques, les chants béarnais, de Botrel ou “patriotiques” selon les époques. Sans parler du mémorable morceau de musique de Louis Bost, spécialement composé pour elle et qu’on aime lui entendre jouer. Elle est connue et aimée de tous les Ossois et va volontiers leur rendre visite. Dans la diligence de Moulia, elle se joint aux joyeuses équipées vers Oloron. Et, dans un fameux mariage à Lescun, elle use sa paire de souliers à danser toute la nuit. Bien entendu elle accompagne ses frères et son père dans les courses de montagne… Excellente Izarde!

Institutrice de ses petits frères et sœur à ses heures, elle complète ses études à Pau, logeant chez son grand-père Alphonse et sa tante Lucie. «Elle n’avait le droit d’aller au lycée qu’accompagnée d’une petite bonne de 15 ans qui lui portait son cartable !»… Puis, la foudre s’abat sur cette famille Cadier si unie. L’intrus est un jeune missionnaire, Louis Mabille, petit-fils d’Eugène Casalis, pionnier béarnais du Lesotho. Débarqué à Osse avec un cousin Lauga, il sollicite la main de Mary et bientôt ce sera la fort joyeuse journée de mariage au village. Vint le jour du déchirement et de l’arrachement à la cellule familiale. De 1900 à 1906, de part et d’autre, on en est réduit à la carte hebdomadaire, vieille d’un mois, mais le contact est gardé et chaque fois les retrouvailles sont aisées et rapides. Cependant le retour en 1906 est douloureux bien que Mary revienne avec ses trois aînés -Magali, Henri (Mohato) et Hélène. Elle vient passer à Osse une dizaine de mois, étendue dans une gouttière pour guérir sa colonne vertébrale fragilisée par une ancienne chute durant leur voyage de noces (cette douleur lui donnera des ennuis toute sa vie). Son Louis revient de congé. En 1908 naît la petite Odette qui leur est reprise à six mois, avant leur départ pour le Lesotho. C’est la dernière période à Morija avec les naissances de Georges et Yvonne; puis vient le séjour à Maphutseng où naîtra Liliane. Il est difficile, voire impossible, de réaliser la douleur des parents devant se séparer de leurs enfants pour ne les revoir qu’en 1919, après la guerre (Mohato et Magali – 13 et 12 ans – étaient venus en France pour leur éducation). Puis cinq ans plus tard, elle laisse à nouveau en France Hélène et Georges pour ne les retrouver qu’après sept ans. En 1924, ce sont ses quatre filles qui quittent le foyer en même temps, les deux aînées pour se marier, les deux plus jeunes allant en pension au Cap. C’est là que l’on peut réaliser le don complet de soi et la foi qui animent ces anciens missionnaires à qui on demande un sacrifice entier. En 1927, Louis et Mary prennent en charge l’œuvre du Randet, abordent une vie nouvelle et combien difficile dans cette grande cité de Johannesbourg. Alors que Louis visite les dortoirs des mineurs, Mary va souvent l’accompagner dans les paroisses des villes africaines. Elle visite les hôpitaux, les femmes et les familles des évangélistes Basotho. Le retour en France en 1930 est l’occasion de revoir Mohato et de faire la connaissance de Betty sa femme, de leurs enfants, Odette et Jean. Bientôt ils sont à leurs côtés en Afrique du Sud. En 1934 ce sont Georges, Ménie et Claire qu’ils reçoivent à Johannesbourg. Trois années merveilleuses au cours desquelles Louis et Mary partagent leur dernière période missionnaire aux côtés de leurs deux fils Mohato et Georges. En 1936, Mary traverse une nouvelle période éprouvante quand elle accompagne son fidèle compagnon en France. En 1937 Dieu le reprend à son affection après une cruelle maladie à Pau. Le veuvage va durer 37 ans, vécu vaillamment soit à Osse avec Yvonne et Liliane pendant la guerre, soit à Aumessas avec Hélène. Au cours de ces années, Mary vient retrouver ses enfants Georges et Liliane en Afrique du Sud : 1948, 1949 et 1954. Successivement Mary perd sa fille Magali – 60 ans -, puis Yvonne – 48 ans. A son tour, le Seigneur la rappelle à Lui à l’âge de 99 ans, en 1974, à Saint Hippolyte du Fort. Elle laisse derrière elle 100 descendants pour lesquels son souvenir est marqué d’une pierre blanche.

Toute sa vie Mary a gardé une joie de vivre, un entrain et une faculté d’aimer que l’on avait plaisir à retrouver. Son rire était communicatif et son élégance naturelle.

Liliane Verdier

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